Chronique par Olivier
Après avoir usé ses guêtres chez les black metalleux allemand de Nagelfar pendant 9 ans ; après avoir relancé la machine black avec EgoNoir sous le nom de Lethargie (bei 30grad) ; Zorn est de retour aujourd'hui avec Simple Existenz, son dernier projet solo qui s'éloigne des sphères black pour faire la part belle aux influences dark et indus.
L'album débute avec "Der Sterbende Mann", les nappes de synthé prennent tout de suite le devant de la scène avant qu'elles ne soient rejointes au bout de quelques secondes par une guitare légère. Les vocaux chuchotés (en allemand) sont secondés par des vocalises féminines discrètes. Il faut attendre deux minutes avant que la disto ne soit plus prononcée et que la batterie entre en jeu. Le rythme est plutôt lent et résonne comme une longue plainte, les atmosphères sont pesantes et chargées de mélancolie. Même s'il est guitariste, ce sont les synthés qui occupent vraiment une place importante dans la musique de Zorn en nous accompagnant en permanence, que se soit sous forme de nappes ou en mode solo lors des breaks. "Die See" qui mixe guitare acoustique et bruits de vagues présente un côté un peu plus epic. Mais dès que la rythmique reprend ces droits et que les vocaux se veulent agressifs on se retrouve avec une composition froide et dépourvue d'émotion positive. Ce skeud joue en permanence sur les contrastes, entre la légèreté putride des accords de guitares acoustiques et des nappes de synthés qui sont irrémédiablement mis à mal par les guitares saturées et une batterie qui prend beaucoup de volume. Les variations sont aussi apportées par de nombreux invités pour réaliser les parties vocales ou autres chorales.
Les titres se succèdent et on a toujours droit à autant de diversités : Gothic, électro et black sont pimentés avec des influences folk, dark ou encore doom. Que ce soit sur "Auf der Jagd" avec un break planant écrasé par un couplet aux fortes influences black. Ou encore avec la rythmique lente et lourde de "Helden dieser Welt" qui ne perdra pas de son impact malgré la chorale en arrière plan et le final pagan. Tout se mélange à merveille pour un résultat final somptueux. Le vent souffle sur l'introduction acoustique de "Im Frühjahrsschnee" (thème que l'on retrouve aussi sur l'outro), une fois de plus la rythmique metal prend son temps pour arriver et signe aussi le retour de vocaux plus profonds qui finiront dans un registre black. Excellent titre qui monte en intensité tout en gardant un rythme lent et pesant et qui prend réellement aux tripes. Le morceau le plus court "Mein Licht" est aussi le plus rapide. Celui-ci présente une rythmique très efficace qui est le seul rayon de soleil d'un skeud résolument dark. "Schaben" ferme le premier chapitre des aventures de Zorn en solo. Basé sur un mid-tempo aux tendances rapides il en ressort surtout des vocaux complètement torturés et dérangeants qui donnent l'impression d'avoir affaire à un schizophrène dément. Même le break aux arpèges tranquilles se veut menaçant et la montée du rythme nous donnera raison, la folie reprend ses droits et on termine l'écoute de ce skeud avec une grosse impression de malaise.
Simple Existenz joue avec les éléments, les genres et les variations pour un rendu final qui s'avère être une réelle réussite et qui vaut largement le coup d'oreille.