Chronique par Olivier
Originaire d'Auvergne, Kazahar est un trio instrumental qui cherche à repousser les barrières imposées par une industrie musicale pré-formatée. Quand on parle de trio instrumentaliste tout de suite on pense à un bassiste et à un batteur, tout deux anonymes qui sont là en soutien d'un guitariste avec un égo surdimensionné qui se masturbe sur son manche pendant des heures. Ici ce n'est vraiment pas le cas car chaque instrument a son importance et le groupe fait bloc pour nous proposer six compositions originales et fort intéressantes. Du metal psychédélique? De l'electro-metal? Du post-metal? Est-ce vraiment nécessaire de cataloguer le genre de musique proposé ? Non, car dès la première écoute, Kazahar met tout le monde d'accord, ils font tout simplement du très bon son !
Tout débute par un morceau intitulé "Abyss", celui-ci introduit tout en douceur la seconde composition "Venus" qui, sur un rythme mid-tempo, fait la part belle aux guitares rock. La basse se veut plus présente lors des moments d'accalmie et la batterie est bien en place avec suffisamment de feeling. "Zool" part tranquillement avant que la déferlante thrash prenne le dessus, guitares acérés pour nous envoyer un gros riff dans les dents. A la limite du plan jazzy ce morceau offre une réelle évasion vers des contrées musicales dont on n’est pas forcément familier. Le groupe aime jouer avec les genres et maitrise parfaitement l'art du contre-pied. "Zorg" prend tout naturellement la suite de "Zool", structures débridées, le lead principal part en spirale et on se retrouve avec un morceau d’à peine d’1 minute 30 digne d’une BO de films. Voilà un groupe qui aime les envolées légères autant que les gros riffs plombés. Certains passages forcent le headbanging alors que d'autres sont déroutant par leurs structures complexes. Et ce n’est pas "Escape" qui va arranger les choses. Celui-ci se veut à la limite de l'industriel avec l'incorporation d'éléments électroniques, la machine tend à prendre le dessus et on se retrouve avec un morceau endiablé avec un riff principal des plus étranges. On est obligé de se laisser prendre au jeu tant les compositions sont fraiches et matures. Avec le dernier titre intitulé "Aerae" on croit avoir droit à un moment d'accalmie, le vent souffle et entraine avec lui un lead de guitare léger et planant. On se laisse porter par les arpèges avant que le gros son ne revienne à la charge pour définitivement nous enterrer. Non, ce n'est pas encore avec ce morceau que le calme va revenir! Et c'est tant mieux, car le groupe sait comment nous planté et varié les atmosphères. Variant entre plans thrashy, progressifs et rock, la maitrise est toujours au rendez-vous.
Linéarité, voilà un terme que ne connais pas le groupe. Passant d'un passage rock entrainant à un plan jazzy complexe sans oublier de nous matraquer la tête avec des incartades thrash, le spectre musical exploré ici est des plus larges. Original, donc à suivre de prêt! Seul bémol, la production qui est un peu faiblarde. En espérant que leur premier EP intitulé "Earth" qui va sortir sans tarder (ça doit être fait à l'heure où vous lisez cette chronique) gomme vite ces imperfections et permette d'apprécier ce jeune groupe à sa juste valeur. Si vous n'avez pas peur de l'innovation et des structures inhabituelles (le groupe plante son univers quelques part entre Gojira, Magma et Fantomas) ce groupe est pour vous.
Kazahar ne repousse pas les barrières, il les défonce!