Interview de Benoit d'A PRISON CALLED EARTH

Réalisée le 17/03/2011 par Olivier


Bonjour, peux-tu nous présenter A Prison Called Earth?
Benoit: Salut, on s'appelle A PRISON CALLED EARTH (" une prison nommée Terre ") et nous avons peaufiné depuis début 2004, avec divers line-ups et sous différents noms de groupe, une forme de metal ambiant très sophistiquée. Notre formation actuelle (APCE), la plus solide depuis les débuts du projet, est stabilisée depuis novembre 2009. Nous sommes cinq, tous originaires de Nantes.

Pourquoi avoir décidé de mettre un terme à Zarathoustra et de changer de nom? La seule raison est d'avoir intégré des vocaux?
C'est effectivement la raison principale que l'on invoque. Pour être tout a fait honnête, nous souhaitions aussi et surtout oublier ce nom de Zarathoustra, qui était synonyme d'instabilité et d'une période assez épouvantable de l'histoire du groupe où nous passions nos répétitions à consommer des substances... Cela avait été assez aidant au début pour bâtir les fondations de notre son, mais au bout d'un moment cela était devenu notre seul leitmotiv. Affligeant ! On a stoppé tout ça depuis l'arrivée de Louis et on bosse maintenant sérieusement. Il faut que jeunesse se fasse, comme on dit !

Votre musique est extrêmement variée, progressif, rock, metal, le tout enrobé par des synthés aux mille facettes. Quelles sont les influences du groupe et comment qualifierais-tu le genre pratiqué par A Prison Called Earth?
On appelle ça du sophisticated ambiant metal. La base de notre son, c'est la scène post-black qui s'est développée en Scandinavie au milieu des années 90, avec des groupes comme Arcturus, Ulver, Solefald. Parallèlement on est très fan de progressif au sens large, de King Crimson à Opeth en passant par Marillion. Donc on s'est dégotté le même synthé antique qu'Arcturus, on a forcé les contrastes et les ambiances, injecté quelques riffs syncopés, de jolies parties acoustiques et écrit un concept, et nous voilà avec ce "Rise of The Octopus".

Votre premier album se nomme Rise of the Octopus (Realistic Tale of a Sprawling City), qu'est-ce qui se cache derrière ce mystérieux nom?
Pour résumer, notre premier album traite des dangers du pouvoir. La pieuvre noire (" The Black Octopus ") est une société secrète qui ne cesse d'étendre son influence tout au long de l'histoire. C'est évidemment une pure fiction qui se passe dans une immense ville imaginaire. Mais les faits qui s'y déroulent sont assez symptomatiques de l'histoire des hommes. C'est fictionnel certes, mais dans le fond assez réaliste. Nous assistons tous les jours au jeu pervers de l'asservissement et de l'émancipation des peuples...

Il s'agit là de votre première expérience sous ce nouveau nom et directement vous nous sortez plus de 50 minutes de musique. Le format EP était donc trop court pour vous et tout ce que vous vouliez exprimer?
Dans la mesure où le concept et les compositions qui l'illustrent s'étirent sur plus de 50 minutes, il était pour nous inenvisageable de sortir un EP. Cela aurait cassé le travail de cohérence que l'on s'était échiné à effectuer depuis des années. Tout simplement !

L'album a pour particularité de s'articuler autour de 3 actes, chacun étant composé de 5 chansons. Comment s'est déroulé le processus d'écriture? Vous l'avez joué puzzles en assemblant des pièces ou plutôt découpage avec un seul titre que vous avez éclaté en 5?
Il y a un peu des deux. En fait, le CD est effectivement découpé en 3 grands morceaux (plus une intro et une outro). On a ensuite procédé à une subdivision de chaque acte en 5 parties. Il est vrai que ce découpage peut paraître surprenant à priori, mais celui-ci est déterminé par les phases du concept parolier. Et puis ça oblige les puristes, comme nous, à se procurer le CD, car en format mp3, même bien paramétré, cela crée de désagréables micro-coupures entre les plages. Hé hé !
L'écriture de ces morceaux a été un processus long et peu organisé, entre compo collective en répétition et création en solitaire devant le PC. Pour être plus précis Florent (guitare et chant) a amené une grosse partie des lignes de grattes, puis avec Didier nous avons créé l'ossature rythmique, ensuite Ludo nous a gratifié de ses drôles de synthés, Louis a pas mal contrôlé les questions d'harmonie, et le tout a été arrangé collectivement ou devant un ordinateur… qui a fini par cramer à la fin du processus tellement on a manipulé nos structures dans tous les sens !



Concernant le chanteur vous n'avez pas eu besoin d'en recruter un car c'est Florent (Deyres - guitariste) qui s'en occupe, comment s'est fait ce choix?
On a cherché un chanteur pendant des années, et on a vu défiler des trucs dingues, de choses pas mal et des trucs à se pisser dessus ! Mais nous n'avons jamais trouvé. J'avais lu une interview d'Entombed qui s'était retrouvé sans chanteur pour leur album Clandestine. Les mecs avaient alors organisé un concours interne pour savoir qui serait en mesure d'enregistrer le chant. A l'époque c'était le batteur Nicke Andersson qui avait gagné, pour nous c'est Florent. On est tous passé devant le micro. Ce fut une putain de surprise de découvrir Florent dans un registre différent de celui de " gueulard de feu de camp ". Sans le savoir on disposait d'un chanteur vraiment excellent, juste devant nos yeux ! Je passerai sous silence ma lamentable prestation à base d'informes gargouillis de gorge...

Doit-on considérer les parties vocales comme faisant partie intégrante des instruments?
Complètement, on souhaite placer le chant au même niveau que les instruments. La France a une tradition, dans la variété, de chant super en avant avec un groupe qui accompagne derrière. Pas de ça chez nous ! Mais on a un peu merdé dans le sens ou le chant se retrouve parfois un peu enterré dans le mix. C'est de ma faute et puis le mastering n'a pas aidé en ce sens.

Je veux tout savoir, comment, où et qui s'est chargé de la production ainsi que de la jaquette et de sa signification (il s'agit d'un cadran?)
Tout a été enregistré dans ma chambre avec un équipement hyper limité : un petit PC de bureau, une carte son, une mixette, deux casques, deux enceintes d'occasion, un seul micro et roulez jeunesse ! Pour la batterie j'ai échantillonné chaque élément de mon kit (cymbales, fûts) que j'ai assemblé ensuite dans le séquenceur de l'ordinateur. Les gars ramenaient leur matos (guitares, basse, synthé) le matin et repartaient le soir avec les nerfs à vif… Ce fut franchement rock'n'roll parfois ! Mon amie en a bavé aussi. Des fois les mecs du groupe se ramenaient dans ma chambre pour enregistrer et elle était encore au lit, du coup pas jouasse la nana, normal !… J'ai commencé le mixage un jour en j'en suis ressorti un mois plus tard, complètement démoli moralement. J'avais rompu avec ma copine et presque perdu pied avec la réalité. Heureusement tout est rentré dans l'ordre depuis. Ouf ! Et puis le résultat n'est pas si mal, bien que ce soit notre premier enregistrement sérieux.
Quant à la pochette, il nous fallait rapidement un visuel pour les envois promos et j'ai bricolé ce truc en 5 minutes chrono. Il s'agit d'une photo de l'horloge de Prague, une horloge astronomique, une vraie merveille où la science est au service de l'art (ou le contraire…). Ça illustre assez bien notre univers conceptuel fait de rouages et de tableaux changeants.

Outre la jaquette, les photos promos du groupe, avec ce côté rétro, sont particulièrement réussies. Qui s'en est chargé, où ont-elles été prises et pourquoi ce côté vieillot?
Merci pour le compliment. Ces photos ont été réalisées par Erwan Vincent (http://www.concerts-photos.com/), un gars vraiment actif sur la scène nantaise, et super sympa. L'objectif était de créer un lien entre le concept et notre image. En fait, nous nous inscrivons dans un univers rétro-futuriste, le Steampunk, qui exige des couleurs sépia, un décor et des accessoires un peu daté. On a fait ça dans un bar le " Café sur Cours " se situant dans le centre de Nantes, et qui convenait parfaitement à notre univers. N'hésitez pas à leur rendre une petite visite.

Finalement, rien n'a été laissé au hasard et tout a été exploité à fond?
Précisément ! Nous avons cherché à créer une cohérence à tous les étages de la création. On a peaufiné à fond notre musique et notre concept. Dès lors, il était hors de question, pour les photos, de poser en t-shirt Cannibal Corpse, les bras croisés, devant le mur décrépit de notre salle de répétition...

Rise of the Octopus est sorti maintenant depuis un certains temps. Quelles en sont les retombées? L'objectif du groupe est certainement de trouver un label, vous en êtes où sur ce point?
Je dois dire que les chroniques s'accordent sur la très bonne tenue de nos compositions. Un seul chroniqueur estime que nous avons pompé intégralement notre son sur celui d'Arcturus et d'Opeth… Ce fut dur à entendre, mais " point d'art sans critique " ! Progressia (qui était un peu le " Télérama du prog ") ainsi que Metallian ont été assez emballés par notre son. Du coup, sans même avoir commencé à démarcher, un label s'intéresse à nous… Nous avons vendu des démos un petit peu partout en France, ainsi qu'en Allemagne, en Finlande et aux Etats-Unis, et ce sans réelle promo, juste avec le MySpace et quelques posts sur des forums. Quelques petites dates commencent également à se booker. Donc tout ça est super encourageant !


Vous réfléchissez déjà à un successeur?
On a déjà en stock un morceau d'une dizaine de minutes totalement terminé, se situant dans la veine de " Rise of The Octopus ". On travaille également sur du nouveau son et pour l'instant c'est très syncopé et atmo, avec des rythmiques casse-gueules (on écoute du Djent en ce moment). On dispose également de dizaines de plans éparses, allant du très bon au très nul, et qu'il va falloir sélectionner, arranger et assembler. En tout cas le processus de composition s'annonce comme d'habitude, long et compliqué. A suivre...

Tout un concept tourne autour de Rise of the Octopus, comment est-ce que ça se traduit sur scène?
Louis, notre guitariste, a bossé comme un taré sur ces aspect, et nous a dégotté Guillaume, un graphiste vraiment talentueux et impliqué dans le projet. Ce mec a illustré notre histoire en 40 tableaux vraiment excellents qui sont projetés sur écran, en synchronisation avec notre son, pendant nos concerts. Je vous invite à consulter le site de ce gars, il fait du super boulot : http://www.guillaume-jamet.com/

Ce n'est pas trop dur de retranscrire les morceaux en live (la technique est vraiment au rendez-vous)? Quels sont ceux qui vous donnent le plus de mal?
On a travaillé dur pour ça, et hormis quelques harmonisations de voix et de rares guitares additionnelles, le CD est retranscrit sur scène tel qu'il a été enregistré. J'ai le sentiment que la dernière partie de " Rise… " est la plus demandeuse en terme de concentration, car les changement de plans, de types de mesure et de tempo sont très rapides et nombreux. Plus généralement, la grosse difficulté réside dans le système de synchronisation de nos instruments avec les séquences de synthé et la vidéo. En tant que batteur, j'ai un métronome dans les oreilles pendant toute la durée du set, et du coup je n'ai pas le droit de me planter, faute de quoi les synthés et les images se trouvent décalés par rapport au reste des instruments. Un vrai cauchemar quoi ! Tout le monde doit être bien préparé, concentré, et surtout ne pas avoir trop picolé avant de monter sur scène. Mais on aime les défis, sinon on aurait continué à faire du punk, du grind ou du black (certains d'entre nous ont d'ailleurs joué dans 29/09, De Vermis Mysteriis ou No Talent Nor Comment).

On est pratiquement voisin, et j'aimerais ton opinion sur la scène nantaise, les endroits où trainer et les groupes à ne pas louper?
On trouve la scène nantaise particulièrement vivace, mais finalement peu de groupes sont en mesure de proposer un produit vraiment solide. Dans les trucs qui déchirent, il y a Dysfunctional, qui prépare une bombe de metal technique brutal et barré, et Jumping Jack qui excelle en matière de stoner. Il y a aussi Lemurya (rock prog), Justine (Punk rock), Western Trio et Sidony Box (jazz), Gokan (metal hardcore) et Schematics (tech-metal). Sinon, sur Nantes on a la chance d'avoir le Ferrailleur, une boîte rock/metal qui programme beaucoup de groupes, mais les autres lieux sont rares.

Le Hellfest fait-il parti pour toi des évènements à ne pas louper fin juin? Si oui, quels groupes veux-tu absolument voir?
Ah oui il y a le Hellfest bien sûr, j'oubliais ! Ça se passe à deux pas de chez nous. Que ce soit en tant que bénévole ou festivalier, tous les membres d'APCE prennent part au festival. Le concert cataclysmique d'Emperor en 2007 sous des trombes d'eau reste pour moi ma plus grande expérience de live. Perso, cette année je ne raterai sous aucun prétexte Atheist, Morbid Angel, S.U.P., Opeth, Anathema, Morgoth et Unleashed.

Merci beaucoup d'avoir pris de ton temps pour nous répondre, je te laisse le mot de la fin.
Merci Olivier pour ces questions pertinentes, ça fait du bien d'échanger avec un mec qui est au moins aussi passionné que nous. J'invite évidemment chacun à découvrir " Rise of The Octopus ". C'est un enregistrement sincère, sans tricherie de studio, dans lequel nous avons mis toute notre âme et notre énergie. Comme disait un internaute en parlant de notre CD, " pourquoi mettre 17 € dans le dernier Maiden alors que cette galette est de toute façon bien meilleure… ". Le disque est vendu 5 €, via notre MySpace. Allez jeter un œil, une vidéo live enregistrée dans des conditions très pro va être mise en ligne prochainement.



Liens :

La chronique de "Rise of the Octopus"
Myspace de A Prison Called Earth




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