WORMFOOD
Interview d'Emmanuel 'El Worm'
Réalisée le 20/02/2011 par Olivier



Bonjour Emmanuel, Peux-tu présenter Wormfood pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Wormfood est un groupe de métal doom/gothique avant-gardiste, fondé à Rouen, qui a célébré ses 10 ans cette année. Après un album déjanté et baroque publié chez Code666 en 2005, « France », le groupe a traversé une longue période de « transition », et est finalement revenu avec « Posthume » en janvier 2011. Ce nouvel opus, nettement plus sombre et intégralement francophone, a été produit par Axel Wursthorn (Carnival in Coal), et bénéficie de la participation au sitar de Paul Bento (Carnivore/Type O Negative). Une partie du line-up du groupe (Tim Zecevic, Alexis Damien, et moi-même) a par ailleurs accompagné Carnival in Coal sur scène, entre 2005 et 2006.

Peux-tu nous en dire plus sur le petit dernier? Posthume, l'accouchement a été très douloureux mais les heureux géniteurs ont tout de même survécu!

L'accouchement de « Posthume » a été difficile, parce que son thème est douloureusement intime, et que de nombreux bouleversements ont secoué le groupe. Dans la mesure où je suis le seul rescapé du line-up d'origine (exception faite d'Axel, qui occupe une position particulière dans Wormfood d'arrangeur/producteur), on ne peut pas vraiment dire que les « heureux » géniteurs auront survécu à cet album. Après la séparation du line-up « rouennais » en 2009, j'ai remonté Wormfood sur Paris en 2009, avec le guitariste Renaud Fauconnier (ex-Borgia, Abstrusa Unde), le batteur Thomas Jacquelin, le bassiste Vincent Liard (Lonah) et le claviériste Pierre Le Pape (Embryonic Cells, Melted Space).

Tu n'as pas peur de déboussoler les fans de la première heure car le changement d'orientation musicale est plutôt radical?

Phil: Le temps accordé à la création s’est étalé sur une certaine durée car nous voulions prendre le recul nécessaire pour apporter le niveau de qualité que nous recherchions. Ce « Music for the Planet », nous l’avons fait avec la passion et sans considération commerciale contraignante.

Sans doute avons-nous « déboussolé » quelques fans de la première heure, mais je crois que « Posthume » nous a permis dans le même temps de gagner les oreilles de nombreux auditeurs. Ca ne me dérange pas du tout de « courtiser » un public plus large, la scène gothique, par exemple. Et entre nous, s'il fallait s'inquiéter du « qu'en dira-t-on », Wormfood ne ferait pas ce genre de musique, tout court.

Les paroles tiennent une place très importante et sont portées sur les relations humaines et en particulier sur la trahison, ça sent le vécu? Tu règles des comptes avec des ex-fiancées ?

Se contenter de régler mes comptes avec l'inspiratrice de « Posthume », ça n'aurait pas eu un grand intérêt, même s'il y a évidemment une part de catharsis là-dessous... Ce n'est pas un disque autobiographique à proprement parler, mais il y a une grande part de mise à nu dans ces paroles. C'est sur cette sincérité que repose le parti-pris de l'album : véhiculer la mélancolie plutôt que la violence.

Y a-t'il un rapport entre les titres de vos deux derniers albums? La France vous a tellement déçu depuis 2005 (et en particulier à partir de 2007) que l'on est obligé de "mourir" pour réussir à faire quelque chose?

Non, aucun rapport, les convictions politiques n'ont jamais rien eu à voir avec Wormfood. La « France » dépeinte dans l'album éponyme était d'ailleurs une image d'épinal, fantasmée, grotesque et crasseuse, dénuée de relation directe avec la situation actuelle de notre pays.

On retrouve un invité de marque en la personne de Paul Bento qui nous envoute avec son sitar, comment s'est faite cette rencontre et comment l’avez-vous persuadé de venir jouer avec vous?

J'ai connu Paul Bento par le biais d'internet. Nous avons beaucoup correspondu, au sujet de Carnivore, bien sûr, mais également au sujet de la musique indienne, et nous sommes devenus de bons amis. Paul m'a encouragé à apprendre le sitar, et m'a vraiment ouvert les yeux sur cette culture. Nous n'avons donc pas eu à le persuader ou à négocier quoi que ce soit : il a accepté de se greffer sur le projet par pure sympathie, et a enregistré ses parties depuis son propre studio, à Brooklyn.

Au niveau des influences on ne peut pas passer sous silence celle de Type O Negative, Posthume ressemblait-il quelque part à un hommage à la mémoire de Peter Steele?

Un hommage a posteriori, dans ce cas, puisque le disque était totalement achevé bien avant sa disparition.

Un de mes titres préférés du skeud est "Les Noces Sans Retour", ce morceau est extrêmement varié tout en restant parfaitement cohérent. Entre doom et passages ambiants pour un final tribal, comment s'est déroulé son écriture et que représente t-il pour toi?

C'est un titre très représentatif de l'esprit de « Posthume » : il plonge immédiatement l'auditeur dans une proximité dérangeante avec le 'narrateur'. Ce qui est également inattendu, c'est que le disque s'ouvre sur le suicide de son protagoniste, et que le fil de ses angoisses et de ses échecs se déroulera dans les chansons suivantes, comme un sinistre inventaire.

Sur "Troubles Alimentaires" on change de sujet et on touche à l'égo, la torture physique pour le bien paraître. Pourquoi ce thème?

On ne change pas réellement de sujet, on bascule juste sur le point de vue de la femme, et ses propres souffrances.

Est-ce que tu te rends compte que la puissance des mots de "Salope" est capable de détruire le plus soudé des couples?
Ou bien, peut-être est-ce à l'inverse une tentative dérisoire de réunir pour l'éternité le plus détruit des couples? On peut faire dire beaucoup de choses, parfois contradictoires, à un texte, cela relève aussi de l'interprétation personnelle. Et je me garderai bien de « verrouiller » le sens des paroles.



On retrouve une reprise plutôt surprenante : "Des Hauts Et Des Bas" de Stephan Eicher, pourquoi ce choix ?

Sincèrement, d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours éprouvé une profonde admiration pour Stephan Eicher, parce qu'il est un artiste en permanent renouvellement musical. Et puis, nous avons toujours trouvé l'exercice de la reprise bien plus intéressant lorsque il s'agit de morceaux de genres musicaux très éloignés du métal. C'était un réel défi de ré-arranger cette chanson... Nous avons d'ailleurs beaucoup expérimenté sur les reprises en live, ça allait de YMCA à NTM, en passant par les Rita Mitsouko.

Il est maintenant l'heure pour Wormfood de défendre Posthume, quel sont vos plans de guerre?

Nous avons déjà pas mal de concerts qui tombent en 2011 : le 26 au Havre, en tête d'affiche du Horror Fest#1, avant de prendre la route avec Sons of Secret, et C-Rom (le groupe goth-indus d'Axel Wursthorn) les 29 et 30 avril pour des concerts à Amiens puis Sedan. D'autres dates seront annoncées prochainement... En parallèle, nous avons un nouvel album en préparation, ainsi que d'autres projets qui seront révélés bientôt. Il ne s'écoulera pas six ans entre « Posthume » et ses successeurs.

Cela fait plusieurs semaines que Posthume est dans les bacs, comment juges-tu les retours ?

Il est trop tôt pour dresser un bilan, mais les retours sont globalement très bons, ce disque ne laisse pas indifférent, ce qui était le but recherché. Et je suis toujours étonné par l'accueil enthousiaste que nous recevons à l'étranger, c'est plutôt inattendu pour un disque 100% francophone!

Concernant les concerts comment allez-vous intégrer les nouveaux titres avec les anciens? Il ne risque pas d’ya voir un certain décalage ?

La setlist est assez éclectique. On adaptera, de toutes façons, le set en fonction des événements auquel nous participerons. Mais, il nous a paru important de préserver les titres « emblématiques » de France.

Les titres de l'album promo sont entrecoupés d'annonces, c'est votre façon de lutter contre le piratage? Quel est ton ressenti sur ce sujet? Le web restant tout de même le meilleur moyen de promotion pour un groupe.

Bien sûr, Wormfood utilise beaucoup le web pour sa promotion, qu'il s'agisse de Facebook, Twitter ou des différents webzines qui relaient son actualité. Notre façon de lutter contre le piratage, ça a été de mettre l'album en écoute intégrale sur Deezer, ce qui permet à chacun de découvrir l'album gratuitement, voire de l'emporter sur son baladeur ou smartphone moyennant un abonnement modeste. En parallèle, nous avons opté pour un prix compétitif pour le support physique, en vente directe sur le e-shop de MalaFortuna : http://malafortuna.bigcartel.com/ .

Merci d'avoir pris de ton temps pour nous répondre, encore toutes mes félicitations pour Posthume et je te laisse le mot de la fin.

Même si nous ne jouerons plus jamais ensemble ces morceaux, « Posthume » est un disque originellement composé et interprété par quatre personnes originaires de Rouen, qui ont chacune apporté leur pierre à l'édifice. Et je tiens donc à rendre sincèrement hommage au travail musical accompli par Romain Yacono (basse), Fred Patte-Brasseur (guitare), et Efflam Le Maho (batterie) sur cet album unique.
Je suis aujourd'hui confiant, résolument tourné vers l'avenir, et persuadé que la nouvelle incarnation de Wormfood explorera des pistes musicales toujours nouvelles et inattendues. Pour autant, je ne renie rien des dix dernières années. A bientôt, sur la route.

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Lien vers la chronique de Posthume


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